Appel à communications (2021)

La prochaine rencontre annuelle de l’Association canadienne d’études francophones du XIXe siècle (ACÉF-XIX) aura lieu dans le cadre du Congrès de la Fédération des sciences humaines et sociales, sur une plateforme entièrement virtuelle de l’Université de l’Alberta (Edmonton, Alberta, Canada) du 30 mai au 1 juin 2021.

Nous sollicitons des propositions de communication (250 mots environ, pour une communication préenregistrée de 10 minutes environ) pour l’un ou l’autre des ateliers mentionnés ci-dessous, dont certains sont repris de l’an 2020. Notez que la Fédération fournira les outils nécessaires pour guider les conférenciers dans l’enregistrement de leur présentation. Les présentations préenregistrées seront disponibles à la demande dès le 25 mai. Les échanges entre les participants auront ensuite lieu dans des sessions en direct selon un programme préétabli entre le 30 mai et le 1er juin.

Prière d’envoyer votre proposition de communication en indiquant l’atelier concerné et en incluant une brève notice biobibliographique à l’adresse électronique de l’association : acef19e@gmail.com.

Date limite : lundi 8 février 2021 (à l’exception de l’Atelier 1, voir plus bas)

Atelier 1. De Tanger à Samarcande.

L’« Orient » des voyageuses du XIXe siècle. Une autre définition de l’altérité ?

(Atelier conjoint avec l’Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (l’APFUCC))

Þ Date limite de propositions : le 5 janvier 2021

Þ Les propositions pour cet atelier doivent être envoyées directement aux deux responsables:

François-Emmanuël Boucher, College militaire royal (Kingston), Francois-Emmanuel.Boucher@rmc.ca

Soundouss El Kettani, College militaire royal (Kingston), soundouss.el.kettani@rmc.ca

L’Orient[1] et l’imaginaire qu’il véhicule attirent les voyageurs occidentaux depuis bien avant le XIXe siècle. Après tout, la plus célèbre traduction des Mille et une nuits au début du XVIIIe siècle est due aux pérégrinations de son auteur, Antoine Galland. Au XIXe siècle cependant, l’Orient devient de plus en plus accessible grâce au développement de multiples lignes maritimes ainsi que de trajets de chemins de fer dont le plus beau triomphe s’incarne dans l’Orient Express qui relie Paris à Constantinople à partir de 1883. Le voyage en Orient, c’est bien connu, connaît son âge d’or au XIXe siècle. En 1861, paraît même le premier guide touristique de l’Orient (le guide Joanne chez Hachette). L’Orient du XIXe siècle couvre souvent l’Afrique du Nord, ce que nous appelons aujourd’hui le Moyen-Orient et se poursuit jusqu’à l’Asie Centrale, incluant, la Turquie actuelle et tous les territoires de l’Empire ottoman alors en déclin. Il est désormais un espace touristique qui définit une pratique du voyage et « un système de représentation de plus en plus codé[2] ».  Se dessine alors une écriture de l’altérité qui est elle-même prédéterminée par des attentes spécifiques et un ensemble de stéréotypes qui, ne varietur, traversent le siècle.

Les grands thèmes que génère le discours sur les Orientaux finissent, si l’on en croit Edward Said, par produire l’image d’êtres bizarres, souvent excessifs. Leurs traits seraient figés et les rendraient, sur la longue durée, impénétrables à la transformation des mœurs et des mentalités. L’Oriental serait résumé dans une essentialité identitaire incontestable. Sa religion le définirait avant toute autre caractéristique. Il est tourné vers le divin, attaché à des coutumes millénaires, prisonnier des règles que décrivent les livres des traditions abrahamiques. Dans le meilleur des cas, on le dirait spirituel ; dans le pire, passif et muet, mais également belliqueux et habité d’une lubricité affolante. Les Chateaubriand, Delacroix, Nerval, Flaubert, Du Camp, Gauthier, Loti, à grands coups de journaux, de récits de voyages, de lettres ou de romans prouvent hors de tout doute « l’influence déterminante d’écrivains individuels sur le corpus des textes, […] constituant une formation discursive telle que l’orientalisme[3] ».

Les théoriciens postcoloniaux, très influencés par Saïd, mais également par Foucault, et forts de l’idée que le langage n’est pas seulement un outil de représentation du réel mais également de constitution de cette même réalité, travaillent justement à déconstruire, entre autres, cette représentation de l’Orient qu’aurait léguée le XIXe siècle. Comment défaire cet Orient fantasmé (dont le territoire même reste difficile à cerner) qui aurait finalement plus à dire sur l’Occident de cette époque que sur la connaissance concrète de ces régions appelées bientôt à tomber sous le joug de la colonisation européenne ?

Cet atelier souhaite déplacer la question sur l’orientalisme, souvent lu au masculin, pour se demander s’il existe un orientalisme féminin, construit à la même époque, par les voyageuses, les archéologues et les ethnologues femmes qui ont aussi visité ces lointaines contrées et dont les écrits moins connus, moins cités et surtout, beaucoup moins étudiés, offriraient peut-être un regard différent sur cette altérité particulière. Les voyageuses occidentales qui sont elles-mêmes en périphérie du centre constitué par les auteurs de sexe masculin détiendraient-elles une représentation de l’Orient plus libre ? Les schémas narratifs par lesquels se dit l’altérité orientale varient-ils significativement en fonction des genres ? Si oui, pourquoi et comment ?

Les voyageuses francophones sont nombreuses au XIXe siècle à parcourir ces territoires et plusieurs parmi elles en rapportent des récits, des lettres, des articles et des journaux intimes. Au Turkestan, Marie d’Ujfalvy-Bourdon se lamente qu’une « race dégénérée[4] », avec « l’indolence[5] » qui la caractérise, ait laissé se délabrer la mosquée de Hazret. En Perse et au Maghreb, Jane Dieulafoy, à l’origine de la création de ce qui deviendra le Prix Femina, a contribué aux travaux archéologiques de son époux, elle a été la photographe officielle des différentes missions de Marcel. Ses textes et son regard féminins l’exemptent-ils aujourd’hui des soupçons qui pèsent sur l’ethnologie, l’archéologie et l’anthropologie occidentale ? Jane se déguise en homme pour avoir accès aux domaines interdits aux femmes. Quelques années plus tard en Algérie, Isabelle Eberhardt fait de même. Elle va plus loin cependant, elle prend un nom masculin et arabe. Elle est Mahmoud Saâdi et Mahmoud est algérien. Elle évoque toutefois « la majesté âpre de la vraie race arabe, née pour le rêve, et pour la guerre[6] ». Le fantasme de l’Orient est-il impossible à conjurer ?  D’autres voyageuses encore se retrouvent sur ces terres qui les séduisent. Les Françaises Olympe Audouard, Hubertine Auclert, mais aussi l’Italienne Maddalena Cisotti-Ferrara (Lena), l’Américaine Madge Mortimer et l’Anglo-Australienne Margaret Thomas. La liste, évidemment, est incomplète. Beaucoup reste encore à dire.

Malgré plusieurs travaux pionniers dans ce domaine, l’étude de ces voyageuses est loin d’avoir attiré toute l’attention qu’elle mérite. Nous invitons donc à des contributions qui analysent les œuvres de ces femmes et qui mettent en évidence leurs caractéristiques spécifiques. Ces textes (et/ou dessins, peintures, photographies éventuellement) constituent-ils un corpus particulier, déterminent-ils un genre en soi et donnent-ils une autre couleur à l’orientalisme et un autre regard sur l’altérité?

Axes possibles (mais non exhaustifs) de recherche :

  • L’Orient des femmes : les Orientaux, les Orientales, les territoires, les paysages, le bâti, le vêtement, les politiques, les modes de vies, les religions ;
  • Désillusions et enchantements de l’Orient visité – la différence entre l’espace urbain et l’espace rural ou le désert ;
  • Analyse d’une auteure, photographe, peintre, en particulier ;
  • L’altérité orientale ;
  • La question de l’identité ;
  • L’écriture de l’Orient entre centre et périphérie ;
  • Le genre choisi : le journal, l’article de journal, le récit de voyage, le roman, la nouvelle, l’essai (scientifique, politique, ethnologique, etc.), la poésie, etc.

Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des responsables de l’atelier avant le 22 janvier 2021 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC ou à l’ACEF-XIX est requise pour participer à cet atelier. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC ou de l’ACEF-XIX. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2021 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 9 avril 2021. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré des deux programmes. Toutes les communications doivent être présentées en français (la langue officielle de l’APFUCC). 

Bibliographie provisoire

Berty, Valérie, Littérature et voyage : un essai de typologie narrative des récits de voyage français au XIXe siècle, Paris, L’Harmattan, 2001.

Bhabha, Homi K., Les lieux de la culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot, 2007.

Champion, Renée, « Aperçu sur les voyageuses d’expression française en Orient au       XIXe siècle », Agora, Revue d’études littéraires, 5, (n° spécial Les Voyageuses, dir.         Vassiliki Lalagianni), 2003.

Cohen, Getzel M. et Joukowsky, Martha Sharp (ed.), Breaking Ground: Pioneering Women   Archaeologists, Ann Harbor, University of Michigan Press, 2004.

Ernot, Isabelle, « Voyageuses occidentales et impérialisme : l’Orient à la croisée des             représentations (XIXe siècle) », Genre & Histoire, numéro 8, Printemps 2011,             http://journals.openedition.org/genrehistoire/1272

Goršenina, Svetlana, « Les voyageurs francophones en Asie Centrale de 1860 à 1932 », Cahiers          du monde russe : Russie, Empire russe, Union soviétique, États indépendants, vol. 39, n°3,    juillet-septembre 1998. pp. 361-373.

Gran-Aymeric, Ève et Jean, Jane Dieulafoy. Une vie d’homme, Paris, Perrin 1991.

Rajotte, Pierre, Le Récit de voyage au XIXe siècle, aux frontières du littéraire, Montréal, Tryptique,       1997.

Lapeyre, Françoise, Le Roman des voyageuses françaises (1800-1900), Paris, Payot, 2016.

Larochelle, Catherine, « L’Orient comme miroir : les altérités orientale et autochtone dans les récits de voyage des Canadiens français au XIXe siècle », Histoire sociale / Social History, vol. L, no 101, Mai 2017, p.69-87.

Laruelle, Marlène, Mythe aryen et rêve impérial dans la Russie du XIXe siècle, Paris, CNRS, 2005.

Monicat, Benedicte, « Pour une bibliographie des récits de voyages au             féminin », Romantisme 77.3, 1992, p.95-100.

Monicat, Benedicte, Itinéraire de l’écriture au féminin. Voyageuses du XIXe siècle,             Amsterdam/Atlanta, Rodopi, 1996.

Moussa, Sarga, La Relation orientale : enquête sur la communication dans les récits de voyages en Orient (1811-1861), Paris, Klincksieck, 1995.

Pouillon, François (dir.), Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris,             IISMM/Karthala, 2008.

Reynaert, François, L’Orient mystérieux et autres fadaises, Paris, Fayard, 2013.

Said, Edward W., L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 2005.

Said, Edward W., « Orientalism Reconsidered », Cultural Critique, No. 1, Autumn, 1985, p.89-   107.

Sebbar, Leila. Isabelle l’Algérien, Paris, Al Manar, 2005.

Spivak Chakravorty, Gayatri, Les Subalternes peuvent-elles parler, Paris, Éditions Amsterdam, 2009.

Stoll-Simon, Catherine, Si Mahmoud ou la renaissance d’Isabelle Eberhardt, Casablanca, Tarik Éditions, 2006.

Weber, Anne-Gaëlle, À beau mentir qui vient de loin: savants, voyageurs et romanciers au XIXe siècle, Paris, Honoré Champion, 2004.

Zinguer, Ilana (dir.), Miroirs de l’altérité et voyages au Proche-Orient, Genève, Slatkine, 1991.

Atelier 2. Pratiques éditoriales des correspondances d’écrivains du XIXe siècle : de l’archive à la numérisation

« Chaque entreprise d’édition d’une grande correspondance d’écrivain est une longue et belle histoire ». Henri Mitterand écrit cette petite phrase en 2012 dans son compte rendu du onzième volume de la Correspondance d’Émile Zola. Les grandes correspondances auxquelles Henri Mitterand fait allusion sont celles de Voltaire, George Sand, Proust, Zola, etc.  – qui ont toutes été publiées sur plusieurs années, la plupart dans la deuxième moitié du XXe siècle. Les onze volumes de la correspondance générale de Zola, par exemple, ont paru entre 1978 et 2010. Les objectifs des différents éditeurs, semble-t-il, étaient relativement simples – amplifier nos connaissances biographiques de l’auteur des lettres et rassembler un maximum d’informations pour donner le contexte historique et social de chaque document. Les éditeurs de ces éditions « traditionnelles » ont adopté, à peu près, la même méthodologie (pour l’établissement du texte des lettres, le style des annotations, la forme de l’appareil critique, etc.).  Suivant cette approche, l’étude des correspondances a longtemps été axée sur l’aspect documentaire de la lettre.  Celle-ci étant souvent perçue par les chercheurs comme un « avant-texte » ou comme le « laboratoire d’idées[7] » de l’écrivain. 

Ces dernières années, grâce à la (re)valorisation des archives intimes des écrivains et à l’utilisation de technologies informatiques, de nouvelles pratiques d’édition, comme la numérisation ou le « mapping[8] », ont vu le jour.  Ces pratiques ont permis, à cet effet, de penser les correspondances comme faisant partie d’un ensemble de « réseaux », de textes, voire de discours qui transcendent la matérialité de l’objet-lettre, remettant ainsi en question les cadres d’analyse de réception et d’interprétation du genre épistolaire généralement admis par l’histoire littéraire.

C’est le cas du projet de l’Équipe de l’ITEM qui travaille actuellement sur «  l’édition numérique » des lettres de Zola sur la plateforme EMAN et du projet de recherches sur les lettres reçues par l’écrivain pendant l’Affaire Dreyfus qui en est découlé (labex TransferS (PSL, CNRS/ENS). Ce projet met en lumière l’ampleur du phénomène médiatique qu’est l’Affaire tout en mettant en parallèle la correspondance « active » et « passive » de Zola[9].

L’objectif de notre atelier est de faire le point sur ces nouvelles méthodologies en matière d’édition de lettres – dans une perspective comparative. Il est clair que la méthodologie de la numérisation dont on se sert actuellement pour identifier, classer et publier « en ligne » les correspondances est en train d’évoluer. Quels sont les avantages et les désavantages (points aveugles ?) de cette approche ? Qu’est-ce qui différencie fondamentalement les méthodes « traditionnelles », utilisées pour publier les grandes correspondances (Voltaire, Sand, Zola, Proust, etc.), de celles dont les chercheurs utilisent actuellement ? La numérisation des correspondances va-t-elle ouvrir de nouvelles pistes pour « la lecture » des lettres – c’est-à-dire, la prise en considération des lettres en tant de « textes » ou en tant que pratique collective? En quoi ces nouvelles méthodes éditoriales mettent-elles en cause ou facilitent-elles la préservation des archives d’écrivains ? En quoi les éditions numériques permettent-elles d’enrichir notre conception des pratiques contemporaines de dissémination de l’information et des réseaux sociaux? Serait-il possible de faire des liens entre les développements récents en théorie et critique littéraires et le travail de numérisation des lettres ?

Responsables de l’atelier : Geneviève De Viveiros (Université Western) et Clive Thomson (Université de Guelph)

Atelier 3. Les femmes dans le discours colonial avant 1900

 Au cours du XIXe siècle la France connaît une période de « second souffle colonial lié, en grande partie, au développement du libéralisme, au retour du patriotisme de drapeau et, surtout, aux besoins de la révolution industrielle » (Dulucq et al., 2008). Le monde colonial se révèle essentiellement sous son aspect masculin : soldats, laboureurs, défricheurs, fonctionnaires ou commerçants en sont les premières silhouettes. Un ensemble de documents divers construisent des discours coloniaux dont le pluriel marque la diversité : littérature, journalisme, écrits de voyage, rapports politiques… Dans ces discours à plusieurs facettes, la présence des femmes, considérablement plus effacée que celle des hommes, se signale pourtant par de multiples échos qui portent sur le rôle des compagnes des colons (dont le cas particulier des “créoles”), l’action des missionnaires et des enseignantes, les activités des commerçantes ou des intellectuelles et les migrations féminines – pour n’en donner que quelques exemples.

Qu’elles soient réputées être du côté des “aventurières en crinoline” (Mouchard, 1987) ou des “indigènes”, les femmes sont donc prises en compte par les discours coloniaux et elles contribuent parfois même à les construire. Dans cet atelier, nous aimerions accueillir des réflexions, des commentaires, des présentations sur la manière dont les femmes s’immiscent dans les discours coloniaux tant au niveau physique qu’au niveau social – comme catégorie qui réclame sa place dans ce qui peut finalement être défini comme un discours colonial « dominant et élitiste » (Rodet, 2009).

Bibliographie indicative :

ALLMAN, Jean-Marie, GEIGER, Susan et MUSISI, Nakanyike (dir.), Women in African colonial histories, Bloomington, Indiana University Press, 2002.

DULUCQ, Sophie, KLEIN, Jean-François et STORA, Benjamin (dir.), Les Mots de la colonisation, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2008.

HUGON, Anne (dir.), Histoire des femmes en situation coloniale, Paris, Karthala, 2004. 2 KNIBIEHLER, Yvonne et GOUTALIER, Régine, La Femme au temps des colonies, Paris, Stock, 1985.

MONICAT, Bénédicte, Itinéraires de l’écriture au féminin. Voyageuses du 19e siècle, Amsterdam, Rodopi, 1996.

MOUCHARD, Christel, Aventurières en crinoline, Paris, Seuil, 1987.

RODET, Marie, Les Migrantes ignorées du Haut-Sénégal (1900-1946), Paris, Karthala, 2009.

ROGERS, Rebecca et BOUSSAHBA-BRAVARD, Myriam (dir), Women in International and Universal Exhibitions, 1876–1937, New York, Routledge, 2018.

RUSCIO, Alain, Le Credo de l’homme blanc, Bruxelles, Complexes, 1996.

SAAÏDIA, Oissila et ZERBINI, Laurick (dir.), La Construction du discours colonial. L’empire français aux XIXe et XXe siècles, Paris, Karthala, 2009.

YEE, Jennifer, Clichés de la femme exotique. Un regard sur la littérature coloniale française entre 1871 et 1914, Paris, L’Harmattan, 2000.

Numéros de la revue Clio. Femmes, genre, histoire :

• 2011/1, n°33, “Colonisations” : https://www.cairn.info/revue-clio-2011-1.htm

• 2008/2, n°28, “Voyageuses” : https://www.cairn.info/revue-clio-2008-2.htm

Responsables de l’atelier : Laure Demougin (Université Renmin de Chine/Université Paul-Valéry Montpellier III) et Corina Sandu (Université Western)

Atelier 4. Espaces de la transgression : à rebours de la Loi

« [N]ouveau monde, inconnu, inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique », la Cour des Miracles de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris est un espace où le droit, posé comme ce qui régule les actions individuelles au profit de la collectivité, est remplacé par d’autres règles qui donnent à ce lieu une radicale altérité pour qui le découvre, position attribuée ici au lecteur.

Les récits misant sur une composante criminelle présentent fréquemment de tels espaces inaccessibles aux forces de l’ordre, où le système de justice n’a plus de prise, où les crimes et les châtiments s’incarnent autrement. Outre la Cour des Miracles et ses voleurs, pensons aux tunnels, souterrains et catacombes sous Paris où pullulent les hors-la-loi, aux tapis-francs où s’attablent les malfaiteurs pour planifier des affaires, aux Carrières d’Amérique où une foule d’exclus se retrouvent la nuit venue, à la Seine où naviguent des individus décrits comme des pirates. L’enjeu n’est pas uniquement urbain, comme en témoignent certaines représentations des forêts peu ou mal policées. Il peut aussi prendre un visage politique : les émeutes et les révoltes du XIXe créent des espaces où la mainmise du droit est bousculée pour instaurer d’autres règles. Dans tous les cas, ces espaces marquent un changement de paradigme : les « lois », au sens large, ne s’appliquent plus, ou plus de la même manière, et le personnage qui les découvre sort de saréalité. Ils agissent de fait comme de puissants révélateurs : grâce à ce qui s’apparente à un passage de l’autre côté du miroir, l’œuvre met en évidence les caractéristiques de cette réalité, ses failles et ses limites, et invite, de la sorte, le lecteur à réfléchir au concept même de société.

Cet atelier propose donc d’examiner des textes français du dix-neuvième siècle qui donnent à voir de tels espaces de transgression où les règles régissant la société sont refusées ou remplacées, afin d’éclairer les traits et les enjeux de ces lieux singuliers, souvent effrayants, mais ô combien exaltants.

Responsables de l’atelier : Cyrielle Faivre (Providence College, RI) et Nicolas Gauthier (Université de Waterloo)

Atelier 5. (J)ouïr : voix et désir dans le roman français du XIXe siècle

Que de fulgurances érotiques dans la voix de l’être aimé ! Et quel vecteur commode pour le roman du XIXe siècle, où n’a de place acceptable que le corps chaste et contrôlé de l’éthos bourgeois, où une cheville nue fait scandale, que celui de la voix, ce pratique « corps hors du corps » (Henri Meschonnic), pour métaphoriser, narrer et projeter en toute liberté les tremblements du désir et les courses profondes de l’éros ! Certes, le XIXe siècle « n’ignore pas […] la jouissance procurée par une belle voix » : dans de nombreux textes romantiques, « ouïr, c’est jouir » (Laurence Tibi). La voix de Charles, par exemple, y est pour beaucoup dans l’amour qu’Eugénie Grandet éprouve pour son cousin. Celle de Montriveau n’a pas retenti moins fortement au cœur la duchesse de Langeais. Et rappelons que Jacques Colin, alias Vautrin, parle d’une « voix de basse-taille […] qui ne déplaisait point ».

Or, si la voix est bien « du corps en évanescence » (Sémir Badir et Herman Parret), elle ouvre aussi « un milieu conducteur riche de tensions qui travaille la littérature » (Marie-Pascale Huglo). Les travaux de ce panel voudraient donner des exemples de mises en fiction de voix amoureuses dans la prose romanesque du dix-neuvième siècle : ils porteront une attention aux motifs de la séduction dans les mises en scène de la voix, ils relèveront les nombreux « audiographèmes » (Philip Schweighauser) qui donnent aux personnages des attributs sonores, ils s’intéresseront à la couleur des « grains de la voix » (Barthes), à l’organisation de ses qualificatifs (ces voix de personnages féminins, par exemple, qui amènent avec elles leurs chapelets de traits naturalistes, voix de « rossignol » ou de « pies ») ; ils étudieront les critères de genre attribués aux voix dans la dynamique amoureuse (quels sèmes construisent une voix « masculine » ?, une voix « féminine » ?) ; ils relèveront les effets de la voix, ses métaphorisations, ses structures thématiques, ses dédoublements, ses échos, ses intériorisations, ses affects politiques, ses critères sociologiques, voire, ses mécanismes « d’enregistrement » alors même que se dessinent à l’horizon du siècle, avec Edison, les premières captations techniques de la voix humaine et les premiers essais de sa diffusion par les ondes radio. Dans ces aller-retours entre la scénographie de la voix et celle du désir, on pourra aussi se questionner sur la place qu’occupe la voix dans la construction du personnage romanesque, cette « “unité” à la fois constituante et constituée » dont parle Philippe Hamon. Enfin, sans s’interdire de reprendre l’étude des « voix narratives » théorisées par Gérard Genette dans Figures III, ou celles des théories de la parole romanesque (Gillian Lane-Mercier), il s’agira davantage de chercher dans le roman du XIXe siècle les jeux de la voix et du désir, ses déterminants, ses échafaudages thématiques, ses violences enfouies.

Bibliographie sommaire

Barthes, Roland : « Le grain de la voix », in L’Obvie et l’obtus, Seuil, Paris, 1982.

Collet, Sandra : « La Voix, objet analytique ? Des Études analytiques à La Comédie humaine », in Balzac. L’Aventure analytique, Claire Barel-Moisan et Christèle Couleau (Éd.), Christian Pirot, « Balzac », Saint-Cyr-sur-Loire, 2009.

Genette, Gérard : Figures III, Paris, Seuil, 1972.

Huglo, Marie-Pascale (Éd.) : « Présentations », Études françaises, Les imaginaires de la voix, Volume 39, numéro 1, Presses de l’Université de Montréal, 2003.

Lane-Mercier, Gillian : La Parole romanesque, « Semiosis », Klincksieck / Presses de l’Université d’Ottawa, 1989.

Meschonnic, Henri : « Le théâtre dans la voix », La Licorne, no 41, Penser la voix,Paris, INIST-CNRS, 1997.

Schweighhauser, Philip : The Noises of American Literature, 1890-1985. Toward a History of Literary Acoustic, University Press of Florida, Gainesville, 2006.

Tibi, Laurence : La Lyre désenchantée. L’instrument de musique et la voix humaine dans la littérature française du XIXe siècle, Honoré Champion, Paris, 2003.

Sémir Badir et Herman Parret (Éd.) : Puissances de la voix. Corps sentant, corde sensible, Nouveaux Actes Sémiotiques, Presses Universitaires de Limoges, 2001.

Responsable de l’atelier : Jean-François Richer (Université de Calgary)

Atelier 6. Dans la tête de Zola: désir, voix, mémoire

Scruter l’imaginaire zolien, c’est autant s’attarder à ses œuvres qu’à ses écrits intimes, ses confessions publiques ou ses notes manuscrites. Celles-ci comme celles-là, multipliant les voix comme expressions du désir ou comme manifestations de la mémoire, se trouvent à croiser les Zola entre eux, celui d’hier, d’aujourd’hui, de demain. C’est à les examiner que nous convie cet atelier ouvert à toutes les approches, novatrices autant qu’éprouvées (génétique, narratologique, sociocritique, etc.).

Responsable de l’atelier : Sébastien Roldan (Université de Winnipeg)

Atelier 7. Varia

Cet atelier sera consacré aux communications libres et sera ouvert à tous les types de chercheurs (professeurs, postdoctorants, étudiants de 2e et 3e cycle).


[1] Nous utilisons ici l’appellation consacrée du XIXe siècle bien que conscient qu’elle ne reflète ni une réalité historique ni une situation géographique. L’atelier a entre autres objectifs de discuter cette désignation et sa lourde charge discursive.

[2] Jean-Claude Berchet, Le Voyage en Orient. Anthologie des voyageurs français dans le Levant au XIXe siècle, Paris, Laffont, p. 4.

[3] Edward Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, 2005, p. 37.

[4] Marie d’Ujfalvy-Bourdon, De Paris à Samarkand, Le Ferghanah, le Kouldja et la Sibérie occidentale. Impressions de voyage d’une Parisienne, Paris, Hachette, 1880, p.124

[5] Ibid.

[6] Isabelle Eberhardt, Notes de route. Au pays des sables, Paris, North Star, 2016, p. 20.

[7] B. Diaz, L’épistolaire ou la pensée nomade, Paris, PUF, 2002, p.239.

[8] « Mapping the republic of letters » : http://republicofletters.stanford.edu/.  Ce projet cherche à cartographier, à travers le “développement d’outils de visualisation intéractifs”, les correspondances de la “République des lettres”.

[9] http://www.transfers.ens.fr/naturalismes-du-monde-les-voix-de-l-etranger; https://lejournal.cnrs.fr/articles/affaire-dreyfus-quand-le-monde-ecrivait-a-zola