Appel à communications (N.B. Rencontre annuelle 2020 annulée)

La prochaine rencontre annuelle de l’Association canadienne d’études francophones du XIXe siècle (ACÉF-XIX) aura lieu dans le cadre du Congrès des sciences humaines à l’Université Western (London, Ontario, Canada) du 31 mai au 2 juin 2020.

Nous sollicitons dès à présent des propositions de communication pour l’un ou l’autre des ateliers mentionnés ci-dessous. Prière d’envoyer votre proposition de communication (250 mots environ) en indiquant l’atelier concerné et en incluant une brève notice biobibliographique à l’adresse électronique de l’association : acef19e@gmail.com.

Date limite : vendredi 7 février 2020 (à l’exception de l’Atelier 1, voir plus bas)

Atelier 1. Le récit de voyage dans tous ses états

(Atelier conjoint avec l’Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (l’APFUCC))

Þ Date limite de propositions : le 5 janvier 2020

Þ Les propositions pour cet atelier doivent être envoyées directement aux deux responsables:

Evguénia Timoshenkova (Ryerson University) : evgenia.timoshenkova@ryerson.ca

Halia Koo (Memorial University of Newfoundland) : hkoo@mun.ca

Un genre sans loi, genre mitoyen, ouvert, hybride, protéiforme ou encore pluridisciplinaire (Le Huenen 1984, 1990 ; Moussa 2006 ; Motsch 2011), telles sont quelques-unes des définitions génériques auxquelles ont recours les spécialistes pour évoquer le récit de voyage qui se caractérise par la fluctuation des formes qu’il peut adopter ou accepter en son sein. Le grand dynamisme du texte permet d’y insérer « à peu près n’importe quelle considération » (Ph. Antoine 2003) : des digressions pittoresques et lyriques, des vers, des anecdotes, des réflexions philosophiques et des commentaires autobiographiques. Cela sans oublier l’image : les cartes et les plans, les vignettes et les croquis, les aquarelles et les photographies, etc.

Genre protéiforme, le récit de voyage traverse les siècles en variant ses motivations et ses objectifs. On le fait remonter aux Histoires d’Hérodote et à l’Anabase de Xénophon (Le Huenen 1987) ou encore à L’Odyssée d’Homère où le réel côtoie l’imaginaire (combien de romantiques voit-on aller découvrir la Grèce sur les traces d’Ulysse ?). Aux expéditions de découvertes (Cartier, Champlain, Jean de Léry, Chardin) succèdent des voyages de circumnavigation (Cook, La Pérouse, Bougainville) du Siècle des Lumières. Au moment où s’accomplissent ces tours du monde, Xavier le Maistre se limite à un voyage autour de sa chambre, un « voyage humoristique » dont la tradition se poursuivera jusqu’à Rodolphe Töpffer (Daniel Sangsue 2001). C’est aussi le XVIIIe siècle qui correspond aux voyages d’artistes en Italie, en Grèce ou encore à la mode anglaise du Grand Tour. Selon certains critiques le récit de voyage du Grand Siècle se trouve à la lisière du roman (Chupeau 1977). Mais c’est sans doute le Romantisme qui marque son « entrée en littérature » et l’avenement d’une nouvelle figure du voyageur, celle de l’écrivain-voyageur (Le Huenen 1987). Avec Chateaubriand, Stendhal, George Sand, Gautier, Flaubert, Maupassant et les autres grands écrivains du XIXe siècle, l’art de voyager devient aussi l’art d’écrire. Loti, Segalen, Michaux, Gide, Lévi-Strauss, Butor et Le Clézio, pour n’en citer que quelques-uns, développent le genre du récit du voyage au XXe siècle, en posant souvent la question du rapport à l’altérité sur fond d’impérialisme et de décolonisation. À l’aube du XXIe siècle, le récit de voyage continue de se redéfinir à l’ère de la mondialisation et face aux nouveaux enjeux socioculturels de notre époque, que ce soit en adoptant une lenteur anachronique et subversive, en se tournant vers la nature (« nature writing »), ou en pratiquant une forme de voyage extrême, symbole de l’ultime dépassement de soi qui est peut-être symptomatique d’une certaine nostalgie de l’âge d’or des découvertes.

Cet atelier souhaite revisiter le récit de voyage dans ses manifestations les plus diverses dans le domaine français et francophone depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine. Sans se borner aux récits de voyage à visée référentielle qui appartiennent au registre factuel, il conviendra d’encourager des propositions portant sur le thème littéraire du voyage dans les œuvres fictionnelles qui relèvent de l’imagination créatrice.

Quelques axes/pistes possibles pour orienter la discussion :

  • La figure du voyageur (explorateurs, commerçants, diplomates, écrivains, peintres, poètes, journalistes, cinéastes, ethnologues, etc.)
  • Les récits de voyage au féminin
  • Le récit de voyage et la poésie
  • Le récit de voyage et intertextualité
  • La préface/l’avis au lecteur et le récit de voyage
  • Le récit de voyage et activité épistolaire
  • Le rapport texte/image : le récit de voyage et sa captation/sa représentation visuelle (gravures, dessins, aquarelles, photographies, image cinématographique, film documentaire) ; croquis, aquarelles réalisés sur le vif au cours du voyage ou illustrations ajoutées a posteriori, inspirées par le texte, par le récit ; collaboration ou concurrence du texte avec l’image, etc.
  • Le voyage et la fiction (nouvelle, roman, théâtre, bande dessinée, etc.)
  • Du voyage au récit de voyage : exploration, découverte, conquête
  • Le récit de voyage et le colonialisme : exotisme, orientalisme, regard ethnologique, discours impérialiste
  • Le récit de voyage à l’ère postcoloniale
  • Le voyage dans la ville ou dans la nature
  • Le récit de voyage et le tourisme
  • Les récits de voyage extrêmes
  • Le récit de voyage contemporain à l’ère des technologies modernes

Cette liste n’est certainement pas exhaustive : elle cherche à stimuler des directions de recherche plutôt qu’à restreindre le champ des propositions. Nous encourageons donc fortement les communications qui traitent d’autres aspects du récit de voyage dans tous ses états.

Références bibliographiques :

ANTOINE, Ph. 2003. « Une rhétorique de la spontanéité : le cas de la Promenade », Voyager en France au temps du romantisme. Poétique, esthétique, idéologie, sous la direction d’Alain Guyot et Chantal Massol, Grenoble :131-146.

BERCHET, J.-C. 1983. « Un voyage vers soi », Poétique. 53 : 91-108.

CHUPEAU, J. 1977. « Les récits de voyages aux lisières du roman », R.H.L.F. 3-4 : 536-553.

DAS, N. et YOUNGS, T. (dir.) 2019. The Cambridge History of Travel Writing, Cambridge University Press.

HOLTZ, G. et MASSE, V. (2012). « Étudier les récits de voyage : bilan, questionnements, Enjeux », Arborescences 2. https://doi.org/10.7202/1009267ar

LE HUENEN, R. 1990. « Qu’est-ce qu’un récit de voyage », Littérales 7 : Modèles du récit de voyage, sous la direction de M.-Ch. Gomez-Géraud : 11-27.

—– . 1987. « Le récit de voyage : l’entrée en littérature », Études littéraires 20 : 45-61.

MONTALBETTI, Ch. 1997. Le voyage, le monde et la bibliothèque, Paris : PUF.

PASQUALI, A. 1994. Le Tour des horizons : critique et récits de voyage, Paris : Klincksieck.

SANGSUE, D. 2001. « Le récit de voyage humoristique (XVIIe-XIXe siècles) », R.H.L.F. 4 : 1139-1162.

TODOROV, T. 1982. « Les récits de voyage et le colonialisme », Le Débat 1 n° 18 : 94-101.

Les propositions (avec le nom de leur auteur.e, son affiliation, son adresse, un titre et un texte de proposition de 250 à 300 mots) sont à envoyer aux deux responsables de l’atelier au plus tard le 5 janvier 2020. Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des organisateurs de l’atelier avant le 25 janvier 2020 les informant de leur décision. L’adhésion à l’APFUCC ou à l’ACÉF-XIX est requise pour participer à cet atelier conjoint. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC ou de l’ACÉF-XIX. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2020 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 10 avril 2020. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré du programme de l’APFUCC.

Atelier 2. Pratiques éditoriales des correspondances d’écrivains du XIXe siècle : de l’archive à la numérisation

« Chaque entreprise d’édition d’une grande correspondance d’écrivain est une longue et belle histoire ». Henri Mitterand écrit cette petite phrase en 2012 dans son compte rendu du onzième volume de la Correspondance d’Émile Zola. Les grandes correspondances auxquelles Henri Mitterand fait allusion sont celles de Voltaire, George Sand, Proust, Zola, etc.  – qui ont toutes été publiées sur plusieurs années, la plupart dans la deuxième moitié du XXe siècle. Les onze volumes de la correspondance générale de Zola, par exemple, ont paru entre 1978 et 2010. Les objectifs des différents éditeurs, semble-t-il, étaient relativement simples – amplifier nos connaissances biographiques de l’auteur des lettres et rassembler un maximum d’informations pour donner le contexte historique et social de chaque document. Les éditeurs de ces éditions « traditionnelles » ont adopté, à peu près, la même méthodologie (pour l’établissement du texte des lettres, le style des annotations, la forme de l’appareil critique, etc.).  Suivant cette approche, l’étude des correspondances a longtemps été axée sur l’aspect documentaire de la lettre.  Celle-ci étant souvent perçue par les chercheurs comme un « avant-texte » ou comme le « laboratoire d’idées[1] » de l’écrivain. 

Ces dernières années, grâce à la (re)valorisation des archives intimes des écrivains et à l’utilisation de technologies informatiques, de nouvelles pratiques d’édition, comme la numérisation ou le « mapping[2] », ont vu le jour.  Ces pratiques ont permis, à cet effet, de penser les correspondances comme faisant partie d’un ensemble de « réseaux », de textes, voire de discours qui transcendent la matérialité de l’objet-lettre, remettant ainsi en question les cadres d’analyse de réception et d’interprétation du genre épistolaire généralement admis par l’histoire littéraire.

C’est le cas du projet de l’Équipe de l’ITEM qui travaille actuellement sur «  l’édition numérique » des lettres de Zola sur la plateforme EMAN et du projet de recherches sur les lettres reçues par l’écrivain pendant l’Affaire Dreyfus qui en est découlé (labex TransferS (PSL, CNRS/ENS). Ce projet met en lumière l’ampleur du phénomène médiatique qu’est l’Affaire tout en mettant en parallèle la correspondance « active » et « passive » de Zola[3].

L’objectif de notre atelier est de faire le point sur ces nouvelles méthodologies en matière d’édition de lettres – dans une perspective comparative. Il est clair que la méthodologie de la numérisation dont on se sert actuellement pour identifier, classer et publier « en ligne » les correspondances est en train d’évoluer. Quels sont les avantages et les désavantages (points aveugles ?) de cette approche ? Qu’est-ce qui différencie fondamentalement les méthodes « traditionnelles », utilisées pour publier les grandes correspondances (Voltaire, Sand, Zola, Proust, etc.), de celles dont les chercheurs utilisent actuellement ? La numérisation des correspondances va-t-elle ouvrir de nouvelles pistes pour « la lecture » des lettres – c’est-à-dire, la prise en considération des lettres en tant de « textes » ou en tant que pratique collective? En quoi ces nouvelles méthodes éditoriales mettent-elles en cause ou facilitent-elles la préservation des archives d’écrivains ? En quoi les éditions numériques permettent-elles d’enrichir notre conception des pratiques contemporaines de dissémination de l’information et des réseaux sociaux? Serait-il possible de faire des liens entre les développements récents en théorie et critique littéraires et le travail de numérisation des lettres ?

Responsables de l’atelier : Geneviève De Viveiros (Université Western) et Clive Thomson (Université de Guelph)

Atelier 3. Les femmes dans le discours colonial avant 1900

 Au cours du XIXe siècle la France connaît une période de « second souffle colonial lié, en grande partie, au développement du libéralisme, au retour du patriotisme de drapeau et, surtout, aux besoins de la révolution industrielle » (Dulucq et al., 2008). Le monde colonial se révèle essentiellement sous son aspect masculin : soldats, laboureurs, défricheurs, fonctionnaires ou commerçants en sont les premières silhouettes. Un ensemble de documents divers construisent des discours coloniaux dont le pluriel marque la diversité : littérature, journalisme, écrits de voyage, rapports politiques… Dans ces discours à plusieurs facettes, la présence des femmes, considérablement plus effacée que celle des hommes, se signale pourtant par de multiples échos qui portent sur le rôle des compagnes des colons (dont le cas particulier des “créoles”), l’action des missionnaires et des enseignantes, les activités des commerçantes ou des intellectuelles et les migrations féminines – pour n’en donner que quelques exemples.

Qu’elles soient réputées être du côté des “aventurières en crinoline” (Mouchard, 1987) ou des “indigènes”, les femmes sont donc prises en compte par les discours coloniaux et elles contribuent parfois même à les construire. Dans cet atelier, nous aimerions accueillir des réflexions, des commentaires, des présentations sur la manière dont les femmes s’immiscent dans les discours coloniaux tant au niveau physique qu’au niveau social – comme catégorie qui réclame sa place dans ce qui peut finalement être défini comme un discours colonial « dominant et élitiste » (Rodet, 2009).

Bibliographie indicative :

ALLMAN, Jean-Marie, GEIGER, Susan et MUSISI, Nakanyike (dir.), Women in African colonial histories, Bloomington, Indiana University Press, 2002.

DULUCQ, Sophie, KLEIN, Jean-François et STORA, Benjamin (dir.), Les Mots de la colonisation, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2008.

HUGON, Anne (dir.), Histoire des femmes en situation coloniale, Paris, Karthala, 2004. 2 KNIBIEHLER, Yvonne et GOUTALIER, Régine, La Femme au temps des colonies, Paris, Stock, 1985.

MONICAT, Bénédicte, Itinéraires de l’écriture au féminin. Voyageuses du 19e siècle, Amsterdam, Rodopi, 1996.

MOUCHARD, Christel, Aventurières en crinoline, Paris, Seuil, 1987.

RODET, Marie, Les Migrantes ignorées du Haut-Sénégal (1900-1946), Paris, Karthala, 2009.

ROGERS, Rebecca et BOUSSAHBA-BRAVARD, Myriam (dir), Women in International and Universal Exhibitions, 1876–1937, New York, Routledge, 2018.

RUSCIO, Alain, Le Credo de l’homme blanc, Bruxelles, Complexes, 1996.

SAAÏDIA, Oissila et ZERBINI, Laurick (dir.), La Construction du discours colonial. L’empire français aux XIXe et XXe siècles, Paris, Karthala, 2009.

YEE, Jennifer, Clichés de la femme exotique. Un regard sur la littérature coloniale française entre 1871 et 1914, Paris, L’Harmattan, 2000.

Numéros de la revue Clio. Femmes, genre, histoire :

• 2011/1, n°33, “Colonisations” : https://www.cairn.info/revue-clio-2011-1.htm

• 2008/2, n°28, “Voyageuses” : https://www.cairn.info/revue-clio-2008-2.htm

Responsables de l’atelier : Laure Demougin (Université Renmin de Chine/Université Paul-Valéry Montpellier III) et Corina Sandu (Université Western)

Atelier 4. Espaces de la transgression : à rebours de la Loi

« [N]ouveau monde, inconnu, inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique », la Cour des Miracles de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris est un espace où le droit, posé comme ce qui régule les actions individuelles au profit de la collectivité, est remplacé par d’autres règles qui donnent à ce lieu une radicale altérité pour qui le découvre, position attribuée ici au lecteur.

Les récits misant sur une composante criminelle présentent fréquemment de tels espaces inaccessibles aux forces de l’ordre, où le système de justice n’a plus de prise, où les crimes et les châtiments s’incarnent autrement. Outre la Cour des Miracles et ses voleurs, pensons aux tunnels, souterrains et catacombes sous Paris où pullulent les hors-la-loi, aux tapis-francs où s’attablent les malfaiteurs pour planifier des affaires, aux Carrières d’Amérique où une foule d’exclus se retrouvent la nuit venue, à la Seine où naviguent des individus décrits comme des pirates. L’enjeu n’est pas uniquement urbain, comme en témoignent certaines représentations des forêts peu ou mal policées. Il peut aussi prendre un visage politique : les émeutes et les révoltes du XIXe créent des espaces où la mainmise du droit est bousculée pour instaurer d’autres règles. Dans tous les cas, ces espaces marquent un changement de paradigme : les « lois », au sens large, ne s’appliquent plus, ou plus de la même manière, et le personnage qui les découvre sort de saréalité. Ils agissent de fait comme de puissants révélateurs : grâce à ce qui s’apparente à un passage de l’autre côté du miroir, l’œuvre met en évidence les caractéristiques de cette réalité, ses failles et ses limites, et invite, de la sorte, le lecteur à réfléchir au concept même de société.

Cet atelier propose donc d’examiner des textes français du dix-neuvième siècle qui donnent à voir de tels espaces de transgression où les règles régissant la société sont refusées ou remplacées, afin d’éclairer les traits et les enjeux de ces lieux singuliers, souvent effrayants, mais ô combien exaltants.

Responsables de l’atelier : Cyrielle Faivre (Providence College, RI) et Nicolas Gauthier (Université de Waterloo)

Atelier 5. (J)ouïr : voix et désir dans le roman français du XIXe siècle

Que de fulgurances érotiques dans la voix de l’être aimé ! Et quel vecteur commode pour le roman du XIXe siècle, où n’a de place acceptable que le corps chaste et contrôlé de l’éthos bourgeois, où une cheville nue fait scandale, que celui de la voix, ce pratique « corps hors du corps » (Henri Meschonnic), pour métaphoriser, narrer et projeter en toute liberté les tremblements du désir et les courses profondes de l’éros ! Certes, le XIXe siècle « n’ignore pas […] la jouissance procurée par une belle voix » : dans de nombreux textes romantiques, « ouïr, c’est jouir » (Laurence Tibi). La voix de Charles, par exemple, y est pour beaucoup dans l’amour qu’Eugénie Grandet éprouve pour son cousin. Celle de Montriveau n’a pas retenti moins fortement au cœur la duchesse de Langeais. Et rappelons que Jacques Colin, alias Vautrin, parle d’une « voix de basse-taille […] qui ne déplaisait point ».

Or, si la voix est bien « du corps en évanescence » (Sémir Badir et Herman Parret), elle ouvre aussi « un milieu conducteur riche de tensions qui travaille la littérature » (Marie-Pascale Huglo). Les travaux de ce panel voudraient donner des exemples de mises en fiction de voix amoureuses dans la prose romanesque du dix-neuvième siècle : ils porteront une attention aux motifs de la séduction dans les mises en scène de la voix, ils relèveront les nombreux « audiographèmes » (Philip Schweighauser) qui donnent aux personnages des attributs sonores, ils s’intéresseront à la couleur des « grains de la voix » (Barthes), à l’organisation de ses qualificatifs (ces voix de personnages féminins, par exemple, qui amènent avec elles leurs chapelets de traits naturalistes, voix de « rossignol » ou de « pies ») ; ils étudieront les critères de genre attribués aux voix dans la dynamique amoureuse (quels sèmes construisent une voix « masculine » ?, une voix « féminine » ?) ; ils relèveront les effets de la voix, ses métaphorisations, ses structures thématiques, ses dédoublements, ses échos, ses intériorisations, ses affects politiques, ses critères sociologiques, voire, ses mécanismes « d’enregistrement » alors même que se dessinent à l’horizon du siècle, avec Edison, les premières captations techniques de la voix humaine et les premiers essais de sa diffusion par les ondes radio. Dans ces aller-retours entre la scénographie de la voix et celle du désir, on pourra aussi se questionner sur la place qu’occupe la voix dans la construction du personnage romanesque, cette « “unité” à la fois constituante et constituée » dont parle Philippe Hamon. Enfin, sans s’interdire de reprendre l’étude des « voix narratives » théorisées par Gérard Genette dans Figures III, ou celles des théories de la parole romanesque (Gillian Lane-Mercier), il s’agira davantage de chercher dans le roman du XIXe siècle les jeux de la voix et du désir, ses déterminants, ses échafaudages thématiques, ses violences enfouies.

Bibliographie sommaire

Barthes, Roland : « Le grain de la voix », in L’Obvie et l’obtus, Seuil, Paris, 1982.

Collet, Sandra : « La Voix, objet analytique ? Des Études analytiques à La Comédie humaine », in Balzac. L’Aventure analytique, Claire Barel-Moisan et Christèle Couleau (Éd.), Christian Pirot, « Balzac », Saint-Cyr-sur-Loire, 2009.

Genette, Gérard : Figures III, Paris, Seuil, 1972.

Huglo, Marie-Pascale (Éd.) : « Présentations », Études françaises, Les imaginaires de la voix, Volume 39, numéro 1, Presses de l’Université de Montréal, 2003.

Lane-Mercier, Gillian : La Parole romanesque, « Semiosis », Klincksieck / Presses de l’Université d’Ottawa, 1989.

Meschonnic, Henri : « Le théâtre dans la voix », La Licorne, no 41, Penser la voix,Paris, INIST-CNRS, 1997.

Schweighhauser, Philip : The Noises of American Literature, 1890-1985. Toward a History of Literary Acoustic, University Press of Florida, Gainesville, 2006.

Tibi, Laurence : La Lyre désenchantée. L’instrument de musique et la voix humaine dans la littérature française du XIXe siècle, Honoré Champion, Paris, 2003.

Sémir Badir et Herman Parret (Éd.) : Puissances de la voix. Corps sentant, corde sensible, Nouveaux Actes Sémiotiques, Presses Universitaires de Limoges, 2001.

Responsable de l’atelier : Jean-François Richer (Université de Calgary)

Atelier 6. Varia

Cet atelier sera consacré aux communications libres et sera ouvert à tous les types de chercheurs (professeurs, postdoctorants, étudiants de 2e et 3e cycle).


[1] B. Diaz, L’épistolaire ou la pensée nomade, Paris, PUF, 2002, p.239.

[2] « Mapping the republic of letters » : http://republicofletters.stanford.edu/.  Ce projet cherche à cartographier, à travers le “développement d’outils de visualisation intéractifs”, les correspondances de la “République des lettres”.

[3] http://www.transfers.ens.fr/naturalismes-du-monde-les-voix-de-l-etranger; https://lejournal.cnrs.fr/articles/affaire-dreyfus-quand-le-monde-ecrivait-a-zola