Colloques

Notre dernier colloque a eu lieu du 1er au 3 juin, à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), à Vancouver. En voici le programme:

Atelier 1. Terrorisme et littérature

de la Révolution industrielle à aujourd’hui

(Atelier conjoint avec l’Association des professeur.e.s de français des universités et collèges canadiens (l’APFUCC))

Date limite : le 5 janvier 2019 Les propositions pour cet atelier doivent être envoyées directement aux deux responsables:

François-Emmanuël Boucher – Francois-Emmanuel.Boucher@rmc.ca

Maxime Prévost – Maxime.Prevost@uOttawa.ca

L’une des questions incontournables qui préside aux études sur le terrorisme est celle de savoir comment et pourquoi un être humain en arrive à considérer nécessaires, urgentes, essentielles, pour ne pas dire acceptables dans des conditions précises qui sont les siennes, des actions extrêmes, dont les conséquences irréversibles sont, par la nature même des actes en question, sanguinaires et destructrices. Répondre à cette question ne va évidemment pas de soi. Le terrorisme est un phénomène polymorphe, dont l’imprécision du terme même est lourdement polémique (le terroriste des uns est souvent le libérateur des autres, comme l’indique la formule), sans négliger le fait qu’il revêt des formes multiples autant dans la longue durée que dans des contextes différents à une même époque déterminée. Un anarchiste du XIXe siècle, un « nihiliste », un résistant au nazisme, un membre de l’I.R.A. provisoire, un militant des Tigres de la libération de l’Îllam tamoul, un acteur des Brigades rouges, le terroriste québécois Ahmad Couture-Rouleau, un responsable de l’État islamique, Illich Ramirez Sanchez, ou encore, le commandant du Bataillon abkhaze et l’un des chefs des milices indépendantistes de la Tchétchénie, Chamil Salmanovitch Bassaïev, ne partagent entre eux que le sombre titre de terroriste qui s’avère ici, comme souvent d’ailleurs, une épithète qui n’explique rien et qui, dès lors, camoufle avec peine une complexité qui ne peut se réduire à cette figure du mal qui hante de manière de plus en plus insistante l’imaginaire contemporain depuis bientôt deux siècles.

Il ne reste pas moins qu’un pan important de l’imaginaire social occidental depuis la révolution industrielle se définit, en grande partie, par la terreur et par la peur (Boucher, David et Prévost, 2015). Cet atelier cherchera à s’interroger sur la représentation et de l’imaginaire du terrorisme et les discours qui les sous-tendent, vaste domaine d’enquête qui se trouve au carrefour de l’analyse du discours, de la sociocritique, de la psychologie, de la sociologie de la déviance, de la géopolitique, des études religieuses, de l’histoire des idées et des mentalités. Car, en effet, le phénomène, tantôt rationnalisé par ce que Bertrand Russell (1950) appelait ironiquement « la vertu supérieure de l’opprimé », tantôt réduit à la simple expression du « mal » ou de la « folie », ne comporte ni essence ni univocité : « Si 40 ans de recherche nous ont appris quelque chose, c’est qu’il n’y a pas une explication valable pour toutes les formes de terrorisme, pas plus qu’il n’existe une seule explication pour les membres qui appartiennent à un même groupe terroriste » (Bloom, 2009). Nous partirons donc de l’hypothèse que, si le terrorisme est certes un phénomène politique, il est encore et surtout un phénomène de représentation et de discours. Il attire, il fascine, il répugne, il fait image, il est matière à propagande et à argumentation. Il se justifie aussi et se propage selon diverses modalités esthétiques et rhétoriques. Le terrorisme fait la une de la presse, mais encore et surtout il devient roman, film et télésérie. Nombreuses sont les œuvres qui lui ont donné sinon légitimité, du moins forme et voix, de Vingt Mille Lieues sous les Mers à Plateforme, en passant, notamment, par le théâtre de Victorien Sardou et par Les Justes de Camus.

La question est ainsi ouverte : comment en arrive-t-on là, comment se convertit-on à la terreur et, surtout, comment les discours et les représentations rendent-ils compte et accompagnent-ils ces processus? De quelle mimesis, finalement, le terrorisme relève-t-il? C’est à ces questions que souhaite réfléchir cet atelier en ce qui concerne les cultures de langue française, du XIXe siècle à aujourd’hui.

Bibliographie provisoire

Anderson, Benedict, L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, trad. de l’anglais, Paris, La Découverte, 2002 [1983].

Becker, Howard S.,  Outsiders. Études de sociologie de la déviance, trad. de l’américain, Paris Métailié, 1985 [1963].

Bloom, Mia « Chasing Butterflies and Rainbows : A Critique of Kruganski et al’s., ‘Fully Commited : Suicide Bombers’Motivation and Quest for Personnal Significance’», Political Psychology, Vol. 30, no 3, 2009.

Boltanski, Luc et Arnaud Esquerre, Vers l’extrême. Extension des domaines de la droite, Paris, Édition Dehors, 2014.

Borum, Randy, « Radicalization into Violent Extremism I : A Review of Social Science Theories », Journal of Strategic Security, Vol. 4, no 4, Winter 2011.

Boucher, François-Emmanuël, Sylvain David et Maxime Prévost (dir.), Espionnage, complots, secrets d’État : l’imaginaire de la terreur, dossier paru dans Études littéraires, 46, 3 (automne 2015), p. 7-134.

Bronner, Gérald, La Pensée extrême. Comment des hommes ordinaires deviennent des fanatiques, Paris, Denoël, 2009.

Davis, Mike, Buda’s Wagon. A brief History of the Car Bomb (2007), traduit en français par Petite histoire de la voiture piégée, Paris, Zones, 2007.

Foucault, Michel, Les Anormaux. Cours au Collège de France. 1974-1975, Paris, Gallimard / Le Seuil, 1999.

Hobsbawm, Eric J., Les Primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, trad. de l’anglais, Paris, Pluriel, 2012 [1959].

Khosrokhavar, Farhad, Radicalisation, Paris, EMSH, 2014.

McCauley, Clack et Sophia Moskalenko, « Mechanisms of Political Radicalization : Pathways toward Terrorism », Terrorism and Political Violence, Vol. 20, 2008.

Rigouste, Mathieu, L’Ennemi intérieur, Paris, La Découverte, 2011.

Russell, Bertrand, L’Autorité et l’individu, trad. de l’anglais, Sainte-Foy, Presse de l’Université Laval, 2008 [1949].

______ , «The Superior Virtue of the Oppressed», dans Unpopular Essays, Londres, Unwin Paperbacks, 1950, p. 69-75.

Sageman, Marc, Undestanding Terror Networks (2004), traduit en français par Le Vrai visage des terroristes. Psychologie et sociologie des acteurs du Jihad, Paris, Denoël, 2005.

Silke, Andrew, « Courage in Dark Place : Reflections on Terrorist Psychology », Social Research, Vol. 71, no 1, Spring 2004.

Skinner, Quentin, Truth and the Historian (2010), traduit en français par La Vérité et l’histoire, Paris, Édition École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Toscano, Alberto, Fanaticism: The Uses of an Idea (2010), traduit en français par Le Fanatisme. Mode d’emploi, Paris, Édition La Fabrique.

Responsables de l’atelier :

François-Emmanuël Boucher – Francois-Emmanuel.Boucher@rmc.ca (Collège militaire royal, Kingston)

Maxime Prévost – Maxime.Prevost@uOttawa.ca (Université d’Ottawa)

Date limite pour l’envoi des propositions (250-300 mots) :le 5 janvier 2019.

Les personnes ayant soumis une proposition de communication recevront un message des organisateurs de l’atelier avant le 20 janvier 2019 les informant de leur décision.

L’adhésion à l’APFUCC ou à l’ACÉF-XIX est requise pour participer à cet atelier conjoint. Il est également d’usage de régler les frais de participation au Congrès des Sciences humaines ainsi que les frais de conférence de l’APFUCC ou de l’ACÉF-XIX. Ils doivent être réglés avant le 31 mars 2019 pour bénéficier des tarifs préférentiels. La date limite pour régler les frais de conférence et l’adhésion est le 15 avril 2019. Passé cette date, le titre de votre communication sera retiré du   programme de l’APFUCC.

Vous ne pouvez soumettre qu’une seule proposition de communication pour le colloque de 2019.

Toutes les communications doivent être présentées en français pour l’APFUCC, en personne,  même dans le cas d’une collaboration.

Atelier 2. Le référent en mouvements

Après la sémiotique et le structuralisme, les théories littéraires s’entendent pour voir dans le référent un objet de pensée. La tradition logique parait être la seule à faire de celui-ci un objet se rapportant au réel. Mais son plus grand représentant, en la personne de Gottleb Frege, reconnaissait que ses prérogatives n’avaient cours sur la littérature : « De là vient qu’il importe peu de savoir si le nom d’“Ulysse”, par exemple, a une dénotation, aussi longtemps que nous recevons le poème comme une œuvre d’art1. » Cette déclaration ouvrait grande la porte à la « fonction poétique » de Roman Jakobson, qui approfondissait la « dichotomie fondamentale des signes et des objets2 ». Mais dire que le référent est idéel clôt-il la question ? Le 19e siècle, qui a vu, par ses mouvements, naître des épistémè divers sur le réel, offre un laboratoire intéressant pour y répondre. Le réalisme acte-t-il l’adéquation entre référent textuel et réel ? Le symbolisme va-t-il jusqu’à suspendre le référent ? Cet atelier visera à faire dialoguer œuvres singulières et théories de la référence, à partir de perspectives et de corpus décloisonnés. La question des rapports entre référentialité et lisibilité pourra ainsi être posée, tout comme celle de la distorsion critique de ceux cherchant coûte que coûte le réel derrière la lettre.

1 Gottlob Frege, Écrits logiques et philosophiques, Paris, Seuil, 1994, 109.

2 Roman Jakobson, Écrits de linguistique générale, Paris, Édition de minuit, 1963, 218

Responsable de l’atelier : Mendel Péladeau-Houle, Université d’Ottawa

Atelier 3. Consommation imaginaire : L’alimentation dans la littérature du XIXe siècle

Longtemps ignorée par la fiction, l’alimentation est omniprésente dans la littérature du XIXe siècle. Son arrivée sur la scène littéraire peut s’expliquer, d’une part, par des développements socio-historiques qui facilitent une nouvelle relation entre le citoyen et son alimentation, tels que la prolifération des restaurants et l’amélioration des techniques de transport et de préservation des aliments, développements commentés dans les ouvrages de J-P. Aron (1967, 1973). D’autre part, les auteurs réalistes et naturalistes s’inspirent de la vie quotidienne, ce qui encourage l’imprégnation de la littérature par le discours alimentaire environnant. Récemment, cette relation entre la culture gastronomique du siècle et la production littéraire a été le sujet des études de Gautschi-Lanz (2006), Muhlstein (2010), et Becker (2017), parmi d’autres.

Dans le cadre de cet atelier, nous comptons faire place à des perspectives analytiques afin de mieux comprendre le sens de cette abondante thématisation de l’alimentation en littérature. Déjà chargé de sens dans la vie quotidienne, les pratiques alimentaires acquièrent, quand elles passent en fiction, une valeur symbolique supplémentaire qui peut varier selon le cas et l’usage. Que signifie donc les références à la nourriture, aux repas et aux conduites alimentaires ? Comment faut-il analyser ce sens second ? Enfin, quelles possibilités narratives se présentent quand le personnage fictif s’asseoit à table ? Cette problématique permettra d’explorer la richesse symbolique des phénomènes alimentaires mis en jeu dans le texte romanesque et de réfléchir aux nombreuses significations des scènes de table, des conduites alimentaires et du lexique gastronomique en fiction.

Ouvrages cités :

ARON, Jean-Paul. Le mangeur du XIXe siècle. Paris : Lafont, 1973.

ARON, Jean-Paul. Essais sur la sensibilité alimentaire à Paris au XIXe siècle. Paris : Armand-Collin, 1967.

BECKER, Karin. Gastronomie et littérature en France au XIXe siècle. France : Éditions Paradigme, 2017.

GAUTSCHI-LANZ, Catherine. Le roman à table : nourritures et repas imaginaires dans le roman français, 1850-1900. Genève : Slatkine, 2006.

MUHLSTEIN, Anka. « Garçon, un cent d’huitres ! » Balzac et la table. France : Odile Jacob, 2010.

Responsable de l’atelier : Karine Brière, Université de Toronto

Atelier 4. Littérature et altruisme

La paternité du terme « altruisme » reviendrait au philosophe Auguste Comte qui, dans la première édition de son Système de politique positive, le définit comme « […] l’élimination des désirs égoïstes, ainsi que l’accomplissement d’une vie consacrée au bien d’autrui. » Si ce mot émerge par la suite dans la littérature, d’un point de vue critique et théorique, il n’a été étudié que tardivement, le souci d’autrui étant lié à d’autres concepts dont la bonté, la bienfaisance, la fraternité, la charité, la philanthropie et le don, qui ont intéressé davantage la recherche jusqu’à maintenant.

Or, bien que l’altruisme soit souvent lié à ces termes qui l’ont précédé, il n’a pas les mêmes implications et se distingue d’eux, tant par son indifférence des conséquences immédiates d’un acte désintéressé que dans l’importance accordée aux motivations (Daniel C. Batson, 2011). La littérature offre un terrain d’investigation inégalable pour ces questions étudiées d’abord en psychologie et en science économique et comportementale. S’il est difficile d’évaluer les intentions véritables derrière un geste altruiste lorsqu’il se produit dans la réalité, ces intentions sont plus aisément appréciables dans le roman lorsqu’elles sont jugées par un narrateur ou par les personnages. Cet atelier est ouvert à toute contribution qui permettra de faire avancer la réflexion sur l’altruisme et la littérature, celle du XIXe siècle en particulier, contemporaine de l’apparition de la notion. Les recherches pourraient porter sur la comparaison de concepts concurrents ou apparentés (dont le care) et/ou présenter des analyses de la manifestation de l’altruisme dans le roman du XIXe siècle, par exemple. « Il n’y a de dangereux dans le monde que la pitié et la bienfaisance, la bonté n’est jamais qu’une faiblesse dont l’ingratitude et l’impertinence des faibles forcent toujours les honnêtes gens à se repentir. », affirmait le Marquis de Sade. Qu’en pensent les auteurs postrévolutionnaires?

Bibliographie sommaire

BATSON, C. Daniel (2011), Altruism in Humans, New York, Oxford University Press.

CABANÈS, Jean-Louis et Philippe HAMON (2018), « La Charité », Romantisme, vol.180, n.2, 142 p.

COMTE, Auguste (1851), Système de politique positive: ou, Traité de sociologie, instituant la religion de l’humanité, Paris, L. Mathias, 473 p.

LAFRANCE, Geneviève (2008), Qui perd gagne. Imaginaire du don et Révolution française, Les Presses de l’Université de Montréal (coll. « Qui perd gagne »).

PERREAULT, Julie et Sophie BOURGAULT (2015), Le Care : éthique féministe actuelle, Montréal (Québec), les éditions du remue-ménage, 278 pages.

RICARD, Matthieu (2013), Plaidoyer pour l’altruisme, Paris, NiL éditions, 772 p.

TERESTCHENKO, Michel (2011), « La littérature et le bien », Revue du MAUSS, vol. 37, no 1, p. 427-445.

Responsable de l’atelier : Cynthia Harvey, Université du Québec à Chicoutimi

Atelier 5. Table ronde : Balzac à l’ère de #MeToo

Une prise de conscience à la fois aiguë et nouvelle de l’insidieuse normalisation des agressions sexuelles contre les femmes ébranle aujourd’hui notre monde. De nouvelles  questions s’imposent pour nous, dix-neuvièmistes et professeur.e.s : comment entamer une discussion sur la présence de la violence, souvent dirigée contre les femmes, qui fait partie intégrale, par exemple, de la Comédie humaine et de son époque? Comment en rendre compte, devant nos étudiant.e.s de l’époque de #MoiAussi, ainsi que dans nos recherches ?

La présence incontournable de la violence dans l’œuvre de Balzac n’a pas échappé à l’attention des spécialistes (on penserait à Owen Heathcote). De même la question du féminin, de la femme, et de la construction des genres chez Balzac a déjà fait couler beaucoup d’encre, et pour cause. Cependant, même avec le précieux « mode d’emploi » du « corps-texte » des femmes chez Balzac qui nous a été offert par Catherine Nesci, et tout en nous appuyant sur la question de la création d’identités sexuelles selon Dorothy Kelly ou Michael Lucey, la question de la représentation de la violence contre les femmes chez Balzac et ses contemporains émerge de nos jours avec une urgence et une pertinence renouvelées. Pourquoi, par exemple, la Zambinella apparaît-elle comme une victime, sinon parce qu’elle est femme ? Comment, à l’ère de #MoiAussi, discuter en cours de littérature de la situation d’Eugénie Grandet, jeune femme sous le joug d’une violence patriarcale qui est normalisée et légalisée par le Code ? Bref, comment revisiter ces textes en fonction de la conscience sociale qui s’éveille à la culture de la violence faite aux femmes ?

Nous proposons d’aborder ce problème très actuel dans le contexte d’une table ronde. Pour ce faire, nous invitons les chercheur.e.s intéressé.e.s par cette question à proposer des interventions d’une dizaine de minutes, dans le but de lancer une discussion vive et fructueuse entre les intervenants et les membres du public.

Bibliographie

Heathcote, Owen. Balzac and Violence: Representing History, Space, Sexuality and Death in La Comédie humaine (Peter Lang, 2009)

Kelly, Dorothy. Fictional Genders: Role and Representation in Nineteenth-century French Narrative (University of Nebraska Press, 1989).

Lucey, Michael. The Misfit of the Family: Balzac and the Social Forms of Sexuality (Duke University Press, 2003).

Nesci, Catherine. La Femme, mode d’emploi. Balzac, de la Physiologie du mariage à la Comédie humaine (French Forum Publishers, 1992).

Responsables de l’atelier : Elisabeth Gerwin (Université de Lethbridge) et Jean-François Richer (Université de Calgary)

Atelier 6. Varia

Cet atelier sera consacré aux communications libres et sera ouvert à tous les types de chercheurs (professeurs, postdoctorants, étudiants de 2e et 3e cycle).

L’association accordera deux bourses d’un montant de $150 aux étudiants ayant soumis les propositions de communication jugées les plus pertinentes et ayant participé au colloque.